Rihanna au Sénégal : de la souffrance dans la démocratie
La démocratie repose sur le débat en lieu et place du combat. La conflictualité (parfois très agressive) des idées fait le charme de ce système politique.
Le bouillonnement des idées (liberté d'expression) est le principe d'une société démocratique.
En vertu de ces principes fondamentaux des droits humains, la
Constitution sénégalaise garantit en son article 8 les libertés individuelles
fondamentales conformément à la Déclaration universelle des Droits de l'Homme
(DUDH) de 1948. L'article 19 de la DUDH stipule « Tout individu a droit à la
liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être
inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre,
sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque
moyen d'expression que ce soit ».
Ainsi,
les attaques de « démocrates » sénégalais contre des organisations de
la société civile s’opposant à la venue de Rihanna au Sénégal sont
difficilement acceptables au nom des valeurs démocratiques qu’ils prétendent
défendre.
Si des idées étaient opposées à celles fondant l’argumentaire de ces
activistes anti-Rihanna, on serait bien dans la sève de la démocratie.
Malheureusement, le coefficient de subjectivité semble l’emporter sur celui d’objectivité
dans nombreuses répliques apportées aux citoyens sénégalais pour qui Rihanna
n’est pas la personne indiquée pour venir parler d’éducation aux filles
sénégalaises pour deux raisons principales : son orientation maçonnique
(un secret de polichinelle) et son penchant pour la nudité alors que l’école
est un vecteur de transmission des valeurs de la République et de la société.
Certains les qualifient de xénophobes, d’individus rétrogradés, d’autres, par
contre, poussent le bouchon trop loin en les taxant d’islamistes-de
djihadistes. Pourtant, la manifestation contre une personnalité publique est
une banalité dans une société démocratique. En janvier 2017, plus d’un million
de Britanniques ont signé la pétition et des milliers d’entre eux ont manifesté
en février de la même année contre une visite d’Etat du président américain
Donald Trump en Angleterre. Les Femen perturbent régulièrement les
manifestations surtout le traditionnel défilé du 1er mai du Front
National de Marine Le Pen en France. Les mouvements antimondialistes se
mobilisent régulièrement contre le G8, l’OMC, etc. Après la sortie le 25
novembre 2003 de son clip Tip Drill,
des femmes noires et des étudiants américains ont manifesté contre le rappeur Nelly
dénonçant ainsi l’image
« dégradante » de la femme noire dans cette vidéo.
A-t-on
pour autant attribué le qualificatif de xénophobes aux Britanniques, de personnes
rétrogradées aux Femen et antimondialistes ou d’islamistes aux femmes noires et
étudiants américains?
Ces manifestations de la démocratie que l’on a déjà
intégrées dans notre subconscient collectif quand il s’agit de la RADDHO, de la
section-Sénégal d’Amnesty International, etc., certains prétendants des valeurs
démocratiques refusent la souffrance à accepter à d’autres acteurs de la société
civile sénégalaise un principe sacro-saint de la démocratie : le DROIT de
défendre dans des conditions prévues par la loi leur vision de société.
A y
voir de près ce débat prouve ô combien le système colonial français est ancré
dans notre habitus. La laïcité, legs colonial résultant de l’histoire endogène
de l’ancienne puissance coloniale, n’est point une garantie nécessaire à la
vitalité de la démocratie. Aux Etats-Unis, il y est noté un mariage entre la
Liberté et la Religion. Et pourtant la démocratie américaine s’en porte mieux
que celle française au point de charmer le grand penseur français Alexis de
Tocqueville. « Le régime politique américain est aussi sublime
qu’inimitable » s’extasie Professeur Ismaïla Madior Fall sur la beauté de
la démocratie américaine.
Adama SADIO ADO

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